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Agir pour transmettre

La Fondation Nestlé France veut transmettre son savoir et son expérience. Elle veut également inviter des savants et des experts de nombreuses disciplines à partager avec nous ce qu’ils connaissent de notre alimentation, de ses bienfaits, de ses dérives, de son histoire et de son avenir

 Georges Vigarello, Historien, philosophe, diplômé en éducation physique était invité par la Fondation,

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 “Corps, alimentation et image de soi”

L’ensemble du travail de Georges Vigarello, porte sur l’histoire des représentations et pratiques du corps. En 2010, il publie « Les métamorphoses du gras : Histoire de l’obésité du Moyen Age au XXe siècle », aux Éditions du Seuil.

 

La Fondation Nestlé France ne pouvait exclure cette dimension du regard porté par la société sur les corps individuels. L’obésité frappée d’ostracisme en est un exemple.

La tradition

Les exigences envers la minceur, surtout pour les femmes, ont toujours existé mais différemment. La Renaissance, par exemple, a connu une très forte promotion de la beauté, et le corps des femmes était surveillé. Ainsi, la bouche, la taille, les flancs se devaient d’être minces et petits, (le reste était caché par les vêtements). la  Femme incarnait la fragilité, la grâce, la délicatesse et la légèreté. Pour les hommes, les critères étaient encore différents : la majesté d’un roi pouvaient s’accompagner d’une certaine épaisseur, d’un certain enrobement. Cependant, les courtisans étaient sveltes pour la pratiquesde la danse et autres jeux de cour. Seuls les corps osseux, la maigreur extrême étaient considérés comme laids.

Comment contrôlait-on son allure ?

Les femmes pratiquaient déjà des régimes alimentaires : pensant que les rondeurs étaient dues à un excès d’eau (l’Homme ne connait pas encore le gras), elles tentaient d’assécher leurs corps en absorbant craie, vinaigre et autres liquides très acides. La contention était utilisée pour masquer les rondeurs : corsets, vertugadins, etc.

L’exercice physique était recommandé mais consistait essentiellement à monter à cheval (Catherine de Médicis, obèse, en était adepte), marcher … Plus étonnant, la pratique de « l’exercice passif ». Ainsi, faire de la barque, aller en chaise à porteurs etc. étaient considérés comme des exercices physiques car les secousses subies par le corps  étaient censées en faire sortir l’eau, donc éliminer les rondeurs.

La modernité (fin 19e– début 20e siècle)

A cette période, la femme change de statut en entrant dans le système du salariat et ce système la rend autonome. Une des conséquences  de cette entrée dans « l’espace public », c’est le changement d’habits. Il est impossible de travailler en corset ou en vertugadin. L’anatomie, la silhouette s’imposent alors sous l’habit . Le résultat est l’abandon des systèmes de contention au profit des régimes .

Le 19e siècle est le siècle de la vitesse, on doit être actif, la lenteur est mal vue. Pour cela, les corps doivent être fluides, rapides. Certains pratiquent un régime alimentaire, non dans le but d’être mince, mais pour être en bonne santé . Les régimes deviennent plus précis,  plus calculés, catégorisés selon les causes de l’embonpoint.

La révolution de l’exercice

C’est la fin de l’exercice passif. On cible et on travaille les muscles (abdos, biceps…) directement. On forge son identité en se forgeant son corps. L’apparence est investie par la minceur car elle est synonyme de contrôle de soi, et le contrôle de soi répond aux exigences de la société.

Cependant, les êtres humains ne  sont pas égaux face au poids, la génétique y joue un rôle important.Une personne qui suit un régime et  se retrouve en situation d’échec, le vit comme une trahison.

Alors l’acte de manger génère-t-il encore du plaisir, ou plutôt de l’angoisse ?

C’est tout le paradoxe de notre société : l’autonomie acquise nous donne le droit de prendre du plaisir mais cette autonomie est anxiogène. Elle pose la question des limites « jusqu’où puis-je aller ?», à laquelle nous sommes les seuls à pouvoir répondre…

 

Le film du Rendez-vous Débat


L’interview de Georges Vigarello

 


 

 

Bibliographie

  • Le propre et le sale, l’hygiène du corps depuis le Moyen Age, Seuil, 1985,
  • Une histoire culturelle du sport, Robert Laffont, 1988,
  • Le sain et le malsain, santé et mieux être depuis le Moyen Age, Seuil, 1993,
  • Histoire de la beauté, le corps et l’art d’embellir de la Renaissance à nos jours, Seuil, 2004,
  • Les métamorphoses du gras, histoire de l’obésité, Seuil, 2010,
  • La silhouette, du XVIIIe siècle à aujourd’hui, naissance d’un défi, Seuil, 2012.

 

 

                                           
Jean-Michel Peter, Docteur en Sciences humaines et sociales, Paris Descartes, Claude Fischler, sociologue et Robin Tickle, Nestlé S.A

 

 

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