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Comprendre les comportements alimentaires

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Famille et alimentation : vers un nouveau modèle ?

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Projets de recherche


Adapté d’un texte de Nicolas Belorgey, doctorant en sociologie, chercheur à la Fondation Nestlé France

Le discours nutritionnel attire notre attention sur les aspects biologiques de notre alimentation. Il définit des normes mais ne se penche pas sur les raisons des écarts entre celles-ci et les comportements réels des gens.

Manger est une construction culturelle et sociale

Si les sciences biologiques nous disent comment il faudrait manger,  les sciences humaines et sociales nous décrivent comment les gens mangent effectivement. L’acte de manger est aussi une construction culturelle et sociale. On ne mange pas de la même façon selon que l’on est seul(e), avec des amis, des collègues, en famille, etc.


Paradoxe français et obésité

Le caractère social de notre alimentation se trouve particulièrement illustré par les questions du « paradoxe français » et de l’obésité. Ce paradoxe souligne l’importance des appartenances nationales. Quant à l’obésité, elle  n’est pas distribuée au hasard dans la population française. Elle touche particulièrement les femmes des classes populaires. On compte ainsi 16% d’obèses chez les ouvrières contre 4% chez les cadres.

Si nos manières de manger relèvent d’influences sociales, notre alimentation affecte, à l’inverse, notre vie sociale. Avoir de l’embonpoint n’a pas des conséquences que sur notre morphologie, mais aussi sur nos rapports aux autres. Ainsi, parmi les femmes de la classe moyenne, les plus minces font plus souvent des mariages avec des hommes mieux situés qu’elles dans l’échelle sociale alors que les plus fortes réalisent plus fréquemment des mariages avec des hommes moins bien situés qu’elles dans cette échelle.


La fin d’un « modèle français » ?

Le sociologue Claude Fischler, en 1979, avance la thèse de la « gastro-anomie » : notre alimentation serait caractérisée par une relative surabondance dans les sociétés développées, la multiplication des discours sur l’alimentation et, enfin, la baisse des contrôles sociaux. Il s’appuie notamment sur des transformations observées aux États-Unis dans les familles de couches moyennes citadines: raréfaction des repas pris à la table familiale, déstructuration de ceux-ci,  augmentation du nombre de prises alimentaires hors repas. En France, des travaux plus récents montrent une simplification de la structure des repas ainsi qu’une augmentation des prises alimentaires hors repas.

A ces changements, répondent les permanences : la force des classes sociales, par exemple, pour rendre compte des pratiques alimentaires. On observe par ailleurs une pérennité du « modèle français des repas ». Neuf  Français sur dix demeurent concernés par la structure des trois repas principaux ; les prises alimentaires restent concentrées sur des plages horaires peu étalées et assez constantes au fil du temps. Les enquêtes récentes montrent une grande stabilité de la séquence du dîner, avec un pic à 20h, contrairement à ce qui est observé dans d’autres pays.


Le modèle familial

L’une des pistes de recherche à suivre ne réside-t-elle pas dans l’observation des appartenances familiales ? Parmi les appartenances collectives, la parenté et la famille sont structurantes à la fois pour la société et pour les manières de manger. Selon l’enquête Histoire de vie de l’Insee réalisée en 2003, à la question « qu’est-ce qui permet le mieux de dire qui vous êtes ? », 86% des personnes interrogées citent leur famille, bien avant d’autres réponses comme leur métier (40%) et leurs amis (37%).

Si les relations de parenté sont importantes pour comprendre l’alimentation, c’est aussi parce qu’elles constituent un système de normes qui souvent s’opposent à celles du travail. Le « modèle » français des repas semble construit en référence à un environnement familial. Son homologue américain est plus marqué par la sphère professionnelle.

Si les manières de manger semblent aujourd’hui se diversifier, on constate une dynamique semblable du côté des structures familiales. Les familles recomposées représentent 10% de l’ensemble, et leur nombre va croissant. Dès lors, la variabilité des pratiques alimentaires ne serait-elle pas le reflet de celle des formes de la famille ? On ne serait plus alors face à une absence de règles, mais face à une mutation des règles familiales, qui influencent nos manières de manger.

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