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Comprendre les comportements alimentaires

Roseline Levy Basse

La Fondation vue par Roseline Lévy-Basse

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Roseline Levy – Basse est Psychanalyste, thérapeute familiale, membre du Comité d’experts

Les relations mère-enfant se nouent à travers l’alimentation dès la naissance

« Manger n’est pas un acte isolé : Il suppose toujours la présence de l’autre. Cet autre avec qui s’est établi un échange autour de la nourriture. Manger ensemble, le repas, c’est le franchissement de la barrière pudique de la sphère intime. Buñuel, dans le « charme discret de la bourgeoisie » nous fait comprendre cette pudeur en tournant des scènes où l’acte de se nourrir en commun est constamment remis en cause, et l’on n’arrive jamais à se mettre à table.

Mon engagement dans la Fondation est celui d’une psychanalyste, thérapeute familiale qui remarque, à travers son expérience clinique, les tensions intra familiales associées aux comportements alimentaires. Mon intérêt privilégié au Comité d’expert réside dans la réflexion collective et le respect mutuel des disciplines des uns et des autres. C’est un pari de réfléchir ensemble, de partager « sur le champ » les expériences et les concepts très spécifiques de chacun. Dans ce défi, pour ma part je ne perds pas de vue que mes connaissances tournent autour de la mère, l’enfant et sa famille.

Quelques convictions : Le nourrisson, qu’il soit allaité ou nourri au biberon, est, dès sa première expérience alimentaire, dans l’échange avec sa mère. Le don est réciproque : la mère en nourrissant son enfant anticipe le plaisir qu’elle lui donne ; l’enfant se saisissant du don de nourriture, donne à sa mère l’opportunité de lui donner du plaisir. Dans cette réciprocité son corps lui échappe. Il est le corps de la mère qui le nourrit. Mais un jour, il dit non à sa mère, la cuillère pour : « faire plaisir à Maman,……. faire plaisir à Papa… » devient la cuillère « pour Moi » ; il la veut pour lui « pour se faire plaisir ! ». C’est l’instant de l’appropriation de son corps, il met sa mère à distance ; il revendique son autonomie. Au lieu de tendre à être à l’écoute du plaisir de sa mère, il se met à l’écoute de ses besoins et de ses sens.

Il s’autorise à s’occuper de lui indépendamment de sa mère. Il construit sa sphère intime et peut mettre en scène son plaisir en mangeant devant les autres. Il accède au partage:« Il passe à table ».

 Lorsque les comportements alimentaires se dérèglent, alors le concept même de repas est mis en échec, le partage est remis en cause. L’isolement prend le dessus. Dans les cas extrêmes comme l’anorexie ou la boulimie, c’est comme si l’individu socialisé récidivait « le non à la mère » de l’enfant. Dans ces cas là, j’afficherais volontiers des recommandations « permissives » qui incitent le patient à accéder à la nourriture en toute jouissance, pour reprendre possession du plaisir de son corps, dépasser sa « faim de non-recevoir » (P. Fedida), et viser à être à nouveau dans l’échange. »

                                    

 

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