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3èmes Assises

La Fondation vue par Gilles Kepel – Extrait de son intervention lors des 3èmes Assises de la Fondation, le 8 novembre 2012

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                                Gilles Kepel est politologue, spécialiste de l’Islam et du monde arabe contemporain, professeur à l’Institut d’Études Politiques (IEP) de Paris et membre de l’Institut Universitaire de France.

« Le plat préféré des Français, [alors que] la France est montrée du doigt pour son racisme, sa xénophobie, voire son islamophobie, c’est le couscous. C’est un premier constat.

Le second est que, d’une part, dans les banlieux populaires et notamment, parmi les populations d’origine musulmane, le couscous, trop cher, a disparu.
Il est désormais remplacé par quelque chose d’assez nouveau, qui est le kébab. Il témoigne de la conquête ou de la reconquête du marché de l’alimentation halal par les Turcs.

D’autre part, les revendications halal ou « halalisantes » dans la jeunesse née en France, ne portent pas du tout sur le couscous, il s’agit plutôt de halal « anti couscous » : bœuf bourguignon halal, lasagnes halal, cassoulet halal etc. L’idée étant de s’imposer comme consommateur à partir d’une revendication spécifique.

Dans le livre que j’ai écrit sur l’Islam en France « Quatre-vingt-treize», j’ai essayé de montrer qu’il y avait deux modèles du halal : un modèle que j’ai appelé « modèle casher », qui prend exemple sur la cacherout des Juifs dans sa logique de rupture, et un modèle qu’on appelle le « halal bio » qui veut s’inscrire dans une sorte de pluralisme alimentaire. Cela se traduit dans les gondoles de supermarchés : certains mélangent le jambon bio, le jambon qui n’est pas bio, le jambon sans sel, le blanc de poulet, le blanc de poulet halal avec d’autres produits. Dans d’autres enseignes, les bacs sont séparés : ce qui est halal est souvent mélangé avec le casher, et les autres produits sont à part, dans d’autres gondoles.

Comment ce phénomène du halal s’est-il produit ? C’est à la fois un phénomène de marqueur, de rupture identitaire, mais qui présente une dimension très plurielle. Il s’est produit dans le contexte des années 1980.

Que s’est-il passé ? Il s’est produit dans les années 1980-1990 une mutation profonde avec l’arrivée des femmes, qui sont les gardiennes du foyer et les vestales de la cuisine, notamment dans les pays du sud de la Méditerranée. Elles sont également souvent non-francophones, ne sachant pas conduire, ne pouvant pas se rendre au supermarché et ayant besoin de trouver, pour organiser le repas, de petites épiceries locales. Un besoin a été exprimé par ces femmes, qui présentaient ces caractéristiques socioculturelles particulières.

Cela explique qu’un certain nombre de personnes nées en France, de parents Maghrébins, se sentant profondément françaises mais insistant sur leur identité musulmane, souhaitent pouvoir concilier les deux identités.

Elles souhaitent pouvoir, tout en respectant les obligations de leur foi, épouser totalement leur identité de citoyen français. »

 

Retrouvez l’interview complète de Gilles Képel dans le cadre des troisièmes Assises de la Fondation

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