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Olivier Gabet

22ème Rendez-vous débat avec Olivier Gabet

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Olivier Gabet  etait l’invité du 22ème Rendez-vous débat de la Fondation le 24 juin, sur le thème : “les arts de la table :quel rôle dans la transmission de la culture alimentaire française ?”

 

Olivier Gabet, conservateur de formation, dirige depuis 2014, le musée des Arts décoratifs de Paris , consacré à la mode, au design, au graphisme et… aux arts décoratifs.

Invité le 24 juin à la Fondation Nestlé France, il s’est  exprimé sur “Les Arts de la Table : quel rôle dans la transmission de la culture alimentaire fraançaise ?“.  La contribution des Arts de la table dans la transmission de la culture alimentaire française est liée à des habitudes de vie très profondes et ancrées dans l’identité française. Le public réuni autour de lui était composé de personnes issues de l’industrie alimentaire, de manufactures, d’hommes politiques, signe selon le conservateur, que cette culture a des répercussions dans de nombreux domaines (économique, politique, environnemental, culturel, artistique…) : “c’est un vaste tout qui montre que la dimension culturelle est présente dans un domaine important de l’art de vivre français“.

Dans les familles, la transmission du goût des Arts de la Table est étroitement liée à celle du goût pour la culture culinaire et gastronomique.
 

Selon lui, l’art sera une carte majeure de la politique d’influence française dans le monde.

Dans un rapide survol historique, Olivier Gabet rappelle ce qui, au XIXème siècle, a donné naissance au Musée des Arts décoratifs : la volonté d’un certain nombre de grandes manufactures françaises spécialisées dans le textile ou le mobilier mais aussi la céramique ou l’orfèvrerie, de défendre et promouvoir un « art de vivre » à la française fondé sur un principe devenu la devise du musée – « le Beau dans l’Utile » – ce qu’illustrent tout particulièrement les Arts de la table.

Les Arts de la table existent depuis la Renaissance mais ils prennent un large essor sous Napoléon III qui souhaite donner à ses réceptions un lustre impérial qui ne refuse pas une certaine modernité, et il est suivi par la grande bourgeoisie de Paris et de la province, en cette époque où l’accélération des moyens de communication favorise, dans un plus large public, la diffusion des modes et des nouveaux usages. Et la table qui, comme l’a rappelé Valérie Bignon dans sa présentation, est au centre de la convivialité à la française va faire l’objet d’une particulière attention. Ce goût n’a pas disparu : il est tout à fait notable que, dans les expositions patrimoniales – qui restituent des « arts de vivre » du passé – la manière dont est dressée la table est toujours le clou de l’exposition.
Autre signe d’un intérêt – à tous les sens du mot – qui subsiste en dépit des changements de modes de vie : le très gros investissement d’un groupe de luxe dans l’exposition « Versailles et les tables royales ». Et l’Etat, aujourd’hui, considère ce patrimoine culturel et artistique lié aux Arts de la table comme un vecteur fondamental de la gastro-diplomatie, considérée – on l’a vu lors de la récente intervention à la Fondation de M. Philippe Faure – comme un enjeu économique essentiel.

Mais à côté de leur importance patrimoniale, ces Arts de la table sont aussi un domaine de prédilection pour les artistes et designers contemporains, avec les luminaires et l’assise : il s’agit, dans ces trois cas, d’allier l’esthétique aux contraintes imposées par l’usage de l’objet. Une chaise est faite pour s’asseoir : cela reste sa fonction première. Comme un verre est fait pour être porté aux lèvres puis reposé. Et ne pas se renverser … Concilier la quête de beauté et d’ingéniosité de l’objet avec les exigences liées à son usage constitue, pour les designers, un axe de recherche passionnant.
Il est d’ailleurs frappant, a noté Olivier Gabet, que dans la communication sur l’ouverture de nouveaux restaurants, on parle très souvent autant du décor, du designer ou de l’architecte qui a contribué à faire le lieu que du contenu de l’assiette. Et cela avec la connivence des grands chefs, conscients qu’il s’agit bien d’un fait culturel global.

Certes, les styles de vie changent, et les grandes manufactures s’inquiètent de constater que, sur les listes de mariage, on trouve de moins en moins la ménagère 36 couverts, et de plus en plus le voyage au Kenya. Mais les plus dynamiques d’entre elles ont perçu l’intérêt qu’elles avaient à se tourner vers l’art décoratif contemporain, qui leur assure d’importants marchés à l’étranger – aux Etats Unis, en Asie, au Moyen Orient – où les objets créés valorisent la culture alimentaire française dans sa totalité – y compris dans sa dimension d’heureuse convivialité. On ne peut que saluer une forme de continuité de cette pensée en France, y compris dans de grandes entreprises dont les activités ne sont pas directement liées à la question de la gastronomie. Ainsi, il y a une tradition de cet ordre chez Air France. Quand Roger Tallon crée le « service de table » du Concorde, on a aussi fait en sorte que ce soit beau à voir.

On est dans un moment, assez intéressant à observer, de fort investissement sur la gastronomie française qui est très efficace. Il y a eu ce fameux dîner où le Quai d’Orsay a invité, à Versailles, l’ensemble des ambassadeurs en poste à Paris pour un dîner préparé par plusieurs chefs. C’était absolument inoubliable, tant par la qualité des mets que par la beauté des tables. En fait, il y a très peu de nations dans le monde capables de parler à la fois de produits du terroir, d’une culture ancrée dans une tradition locale, d’une culture gastronomique qui les transcende, et d’une culture artistique des Arts de la table qui la transmet brillamment de la manière la plus artistique et la plus élégante possible. Le rapport de ces trois éléments est assez rare en Europe et dans le monde. Cette vision globale d’une culture alimentaire est peu fréquent, et c’est un bien commun, dont on ne doit pas méconnaître l’importance . Les Arts de la table restent souvent traités de manière anecdotique, et pas du tout comme la face émergée d’un système beaucoup complexe, beaucoup plus large qui concerne l’ensemble de la population, l’ensemble de la vie économique et l’ensemble de la vie artistique. C’est le système entier qu’il faut concevoir et promouvoir, et on ne peut que se réjouir de voir de grandes maisons – traditionnellement consacrées à ces arts de la table, comme Christofle, mais aussi plus éloignées de ce type de création, comme Hermès ou Vuitton, s’y intéresser . Pour l’enjeu économique qu’elles représentent, mais aussi parce qu’on sait que l’impulsion qu’elles donnent se répercute sur une plus large partie de la population.

Bien manger – et manger bien, devise de la Fondation – c’est aussi manger beau.

 

Le live-tweet du RDV débat : 

 

L’interview vidéo d’Olivier Gabet : 

 

Les photos du RDV débat : 

 

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